Les actifs, la barrière cutanée et les glande sébacées : comment interagissent-ils entre eux ?

A la surface de notre peau se trouve un film hydrolipidique qui va essentiellement jouer le rôle de barrière protectrice. Mais quand la peau à besoin d’actifs très concentrés, ça passe pas. La solution ? Utiliser un nettoyant juste avant. La nature est bien faite car juste après de petites glandes appelées sébacées vont produire du sébum, afin de re-protéger notre peau.

Les actifs : qu’est-ce que c’est et sous qu’elle forme sont-ils présents ?

En skin care, les actifs confèrent aux produits leurs propriétés et sont responsables de leur efficacité. Un actif est une  « substance ou un mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (l’épiderme, les systèmes pileux et capillaire, les ongles, les lèvres et les organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales, en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles ».

Les actifs qui rentrent dans la composition des produits skin care (crème, sérum, baume, lait, huile, gel…) sont de plusieurs natures :

  • actifs hydrophiles : acide glycolique, acide lactique, acide salicylique, glycérine, sorbitol, acide hyaluronique, vitamine C, panthénol, anti-oxydants, oligo-éléments
  • actifs lipophiles : rétinol, tocophérol, vitamine A, filtre solaire, céramide, triclosan, huile végétale, parfum, caféine.

De quoi est composé le film cutané de surface ?

Il est retrouvé au niveau de la couche cornée de l’épiderme, il présente une fonction de barrière. Il se compose de produits de la kératinisation de l’épiderme et du film hydrolipidique.

On retrouve 2 phases :

  • Aqueuse : la sueur (produite par les glandes sudorales) et des substance dissoutes (minéraux tel que sodium, potassium, calcium, chlore, cuivre, fer, composés azotés, acides aminées, dérivés du glucose…)
  • Lipidique : le sébum et les lipides du ciment inter-cornéocytaire.

Le film cutanée est responsable du pH acide de la peau (5-6), ce qui permet de limiter la prolifération des agents pathogènes et donc les risques d’infection. Il a aussi un rôle de barrière chimique et physique Il aussi un pouvoir tampon contre les agressions chimiques et il permet de véhiculer les odeurs corporelles

Glandes sébacées : localisation, composition et régulation

Les glandes sébacées sont de véritables petites sites de production de sébum. Elles sont réparties sur tout le corps sauf au niveau de la paume des mains et de la plante des pieds. Le plus souvent ont les retrouve annexées à un poil (appelé follicule pileux), mais il est également possible de trouver des glandes sébacées au niveau de région dépourvues de poil comme les paupières.

Le sébum est produit par des cellules appelées les sébocytes. Celui-ci se caractérise par un aspect blanc-jaunâtre, une odeur alliacée et une consistance huileuse. Il provient de la sécrétion d’enzyme qui vont modifier les lipides formant le sébum.

Le sébum est constitué de plusieurs éléments :

  • triglycérides (60%) : une fois à la surface de la peau ces triglycérides seront détruits par des enzymes produite par la flore cutanée, notamment les bactéries.
  • cires (26%) : elles ne seront pas détruites par les enzymes présentes sur la peau. L’accumulation de ces cires peuvent être à l’origine d’une obstruction des poils.
  • squalènes (10%) : au contact de l’air, ces molécules vont s’oxyder et prendre une couleur noire appelée point noir.
  • cholestérol (4,5%)
  • bactéries
  • débris cellulaires

La production de sébum est contrôlée de manière hormonale par : la testostérone, l’androsténedione, la DHEA, l’estrogène, la progestérone, les hormones thyroïdienne.

Cependant, plusieurs facteurs non-hormonaux vont agir sur la sécrétion de sébum comme :

  • la quantité de sébum : elle exerce un effet négatif sur la production de sébum appelée rétrocontrôle
  • la température : l’augmentation de 1°C de la température cutanée augmentera de 10% de la production de sébum
  • l’exposition aux UV va aussi augmenter l’excrétion du sébum
  • la sudation augmente la quantité en sébum
  • le rythme circadien influence la sécrétion, elle est maximale à 8h et minimale vers 18h
  • l’âge
  • le sexe : la sécrétion est plus importante chez l’homme que chez la femme
  • certains médicaments

Comment les actifs, la barrière cutanée et les glandes sébacées interagissent entre eux ?

Pour répondre à ces besoins, tous les soins hydratants fonctionnent grâce à 4 mécanismes qui visent à restaurer la teneur en eau de la peau que sont : les occlusifs, les humectants, les matrices hydrophiles et la photoprotection.

Les Occlusifs 🛡️

Les hydratants de types occlusifs fonctionnent comme une barrière imperméable à l’eau à la surface de la peau, en créant un environnement propice à la réparation de la membrane cutanée. Il s’agit du mécanisme le plus efficace et le plus utilisé. Il existe de nombreuses substances utilisées en cosmétique pour arriver à cet effet avec aussi souvent l’utilisation de plusieurs ingrédients pour potentialiser leurs effets. L’un des hydratants les plus occlusif est la vaseline. Il réduit la perte insensible en eau (PIE) de 99%, il permet cependant à suffisamment de vapeur d’eau de quitter la peau pour initier la réparation de la barrière cutanée.

Quelques exemples d’ingrédients occlusifs :

  1. Hydrocarbures: vaseline, huile minérale, paraffine, squalène
  2. Silicones : diméthicone, cyclométhicone, amodiméthicone
  3. Graisses animales et végétales : lanoline, beurre de karité, huile de pépins de raisin, huile d’avocat, huile de chanvre, huile de jojoba, huile de sésame
  4. Acides gras : acide lanoline, acide stéarique
  5. Alcools gras: alcool de lanoline, alcool cétylique
  6. Alcools polyhydriques : propylène glycol, butylène glycol
  7. Ester d’acide gras : lanoline, cire d’abeille, stéarate de stéaryle
  8. Cires végétales : cire de carnauba, cire de candelilla
  9. Phospholipides: lécithine
  10. Stérols : cholestérol

Les Humectants 🧽

Les humectants sont des molécules qui attirent l’eau en agissant comme des éponges sur la peau. L’ensemble des hydratants en crèmes contiennent des humectants qui évitent la dessication du produit, c’est-à-dire sa sécheresse, mais l’humectant peut-être présent en concentration insuffisante pour avoir une quelconque fonction physiologique.

Le derme possède des glycosaminoglycanes, comme par exemple l’acide hyaluronique, qui fonctionne comme un humectant, mais d’autres humectants existent tel que : la glycérine, le miel, le lactate de sodium, l’urée, le propylène glycol, le sorbitol, l’acide lactique, l’acide carboxylique de pyrrolidone, la gélatine, les vitamines et certaines protéines. Ces ingrédients sont utilisés localement pour attirer l’eau présent dans l’air ambiant. Parmi ces humectants, la glycérine est le plus efficace, cette molécule va également attirer l’eau de l’épiderme et du derme permettant de rendre la peau plus lisse en remplissant les pores dans la couche cornée par gonflement. Un soin hydratant qui contient à la fois des ingrédients occlusifs et des humectants aura une efficacité optimale.

Les Matrices hydrophiles ⚔️

Les matrices hydrophiles sont moins connues mais tout aussi efficace sur l’hydratation. Elles sont caractérisées par l’avoine colloïdale qui forme un revêtement de protection sur la peau. D’autres ingrédients de poids moléculaire élevé peuvent constituer une barrière à l’évaporation comme les protéines, telles que les facteurs de croissance et les fragments de collagène, qui ont pour fonction de réduire la PIE. Pourtant, les matrices hydrophiles restent des molécules moins hydratantes que les occlusifs et les humectants.

La Photoprotection ⛱️

La photoprotection peut aussi être considérée comme une forme d’hydratation car il est maintenant largement admis que le vieillissement cutané est principalement due à des dommages cutanées. Les écrans solaires vont pouvoir prévenir les dommages cellulaires et ainsi prévenir la déshydratation. D’autant plus que l’augmentation croissante des carcinomes basocellulaires et épidermoïdes souligne également la nécessité d’une protection UV bien meilleure. C’est ainsi que la plupart des soins hydratants modernes contiennent un certain degré de protection pour lutter contre les UV-B et UV-A.

Le niveau de protection UV doit être proportionnel à l’utilisation prévue du produit. Les hydratants utilisés pendant des périodes d’exposition plus longues, telles que les activités sportives en plein air, doivent contenir un minimum de protection SPF 15, afin de garantir une faible exposition aux UV-B ou UV-A dommageable pénètre dans la peau.

Plusieurs molécules vont pouvoir agir sur la régulation du processus de différenciation et ainsi rééquilibrer les problèmes de peau. C’est le cas de la vitamine A sous la forme palmitate mais aussi  du 7-déhydrocholestérol (précurseur de la vitamine D3). La vitamine A est un rétinoïde connu comme agent de différentiation, utilisé notamment en topique (usage local) pour augmenter le croissance cellulaire des kératinocytes. Il en résulte une augmentation de l’épaisseur de l’épiderme.

Et les nourrissants🧈, ils servent à quoi ?

Un produit nourrissant contient principalement des lipides en grande quantité et de manière générale plus que dans les produits hydratants. Ces produits sont aussi appelés “surgraissant” ou “relipidant”.

Le but des soins nourrissant n’est pas d’apporter exclusivement des lipides mais de conserver l’hydratation interne du corps, en l’occurence de la peau, afin d’éviter au maximum son évaporation. Les produits nourrissants vont surtout avoir un intérêt pour les peaux sèches et sensibles qui ont de forte déperdition en eau.

Les émulsions, comme les crèmes sont intéressante pour les peaux sensibles car elle sont souvent accompagnée de rougeur, qui déshydrate la peau. En effet, ces formes galéniques ont des proportions relativement équivalentes en molécules lipidiques et hydratantes.

D’autres formes galénique, tel que les beurres, apporteront des acides gras/vitamines. Ces textures amèneront un effet satiné à la peau. Les huiles seront aussi différentes par apport aux beurres, en apportant un effet plus occlusif. De façon générale, les beurres et les huiles seront intéressantes pour les peaux sèches car ces peaux ont plutôt besoin d’un apport en gras, pour conserver l’hydratation.

Pour résumer

Il existe plusieurs façons pour définir un produit hydratant. Dans certains cas, les produits hydratants ont un effet filmogène en bloquant l’évaporation de l’eau à la surface de la peau. D’autres produits on une action indirecte comme c’est le cas avec les produits dit photoprotection, en diminuant les dommages des kératinocytes. Dans l’ensemble un bon produit hydratant va permettre d’avoir une action de protection et de réparation de la barrière cutanée.

  • Préféré les ingrédients filmogènes et lipidants pour des peaux sensibles et des ingrédients humectants pour des peaux mixtes/grasses.
  • Pour les textures, préféré des crèmes pour les peaux sensibles, des huiles et des beurres pour des peaux sèches et des gels ou des laits pour les peaux mixtes/grasses.
  • Pour les sérums, ils sont majoritairement utilisé directement après un nettoyant, ils conviennent pour tout types de peaux.

On voit souvent l’opposition entre les termes hydratants et nourrissant. Mais les 2 notions ne s’ont pas à séparer, elles se complètent. Si pour vous, vous souhaitez une amélioration de votre confort, sans se trop réfléchir, préféré une crème 😁

Sources

Les auteurs impliqués dans les sources des publications n’ont signalé aucunes relations financières pertinentes avec des intérêts commerciaux.

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  • Effendy I, Weltfriend S, Patil S, Maibach HI. Differential irritant skin responses to topical retinoic acid and sodium lauryl sulphate : aloneandin crossover design. Br J Dermatol 1996 ; 134 : 424-430
  • Fullerton A, Serup J. Topical D-vitamins : multiparametric comparison of the irritant potential of calcipotriol, tacalcitol and calcitriol in a hairless guinea pig model. Contact Dermatitis 1997 ; 36 : 184-190
  • Effendy I et al. Effects of calcipotriol on stratum corneum barrier function, hydration and cell renewal in humans. Br J Dermatol 1996 ; 135 : 545-549
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  • Gabard B. Appearance and regression of a local skin irritation in two different models. Dermatosen 1991 ; 39 : 111-116
  • Wilhelm KP, Surber C, Maibach HI. Quantification of sodium lauryl sulphate irritant dermatitis in man : comparison of four techniques : skin color reflectance, transepidermal water loss, laser-Doppler flow measurement and visual scores. Arch Dermatol Res 1989 ; 281 : 293-295
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